Soutenance de thèse: le miracle et l’enquête

Laetitia Ogorzelec annonce la soutenance de sa thèse de doctorat qui se tiendra le jeudi 4 octobre 2012 à 14h au Grand Salon (salle E14) de la Faculté des Lettres (Université de Franche-Comté, Besançon) : le miracle et l’enquête. Analyse sociologique de l’expertise médicale des guérisons déclarées « miraculeuses » à Lourdes (thèse réalisée sous la direction de M. le Professeur Jean-Michel Bessette).

Membres du jury: Jean-Michel BESSETTE, Professeur à l’université de Franche-Comté; Michel HASTINGS, Professeur à l’université de Lille II; Jean-François LAÉ, Professeur à l’université de Paris VIII; Bruno PÉQUIGNOT, Professeur à l’université de Paris III Sorbonne Nouvelle; Louis QUÉRÉ, directeur de recherche au CNRS, Institut Marcel Mauss (EHESS/CNRS).

Résumé: Afin de ne pas prêter le flanc aux railleries et aux critiques, l’Église fait preuve d’une grande prudence à l’égard des déclarations de « guérison miraculeuse ». C’est dans cette perspective qu’elle s’attache à départager l’ »authentique » et l’ »inauthentique » parmi les manifestations de la vie religieuse et qu’elle considère que « les faux miracles doivent être discernés des vrais ». Ces distinctions ne vont pas de soi. Elles nécessitent des procédures d’enquêtes dont le fonctionnement reste largement inexploré par les sciences humaines. Si, depuis le XIe siècle, le magistère catholique exerce un droit de regard, allant s’élargissant, sur les miracles déclarés par les fidèles, c’est sans doute à la suite des événements de Lourdes (« apparitions » et « guérisons » à partir de 1858) que cette volonté de contrôle s’exprime sous une forme nouvelle. À une époque qui exalte les vertus de la rationalité scientifique, au moment précis où la médecine parisienne atteint le sommet de sa notoriété pour ses travaux sur l’hystérie, redoutant les controverses provoquées par « l’épidémie de guérison » qui suit les visions de Bernadette Soubirous, de nombreux membres de la hiérarchie catholique française souhaitent donner des formes plus respectables à ce que l’on peut considérer comme une « explosion de dévotion populaire » non orthodoxe et difficilement contrôlable. C’est dans le cadre de cette stratégie d’encadrement des événements que s’inscrit, en 1883, au sein même du sanctuaire de Lourdes, la création d’une instance médicale chargée de contrôler les revendications de guérisons miraculeuses. Considéré comme une véritable « police des miracles », le rôle du Bureau Médical consiste à « démasquer les supercheries grossières et à modérer les excès compromettants d’un zèle trop exalté ». En s’attachant à analyser cette procédure de contrôle, spécifique au sanctuaire de Lourdes, cette thèse voudrait permettre de mieux comprendre la manière dont sont produits les miracles à Lourdes. En effet, si les précautions prises par l’Église rappellent que le miracle doit être « reconnu » et « proclamé », il convient de rajouter qu’il n’est pas non plus déjà présent dans le monde, telle une substance attendant d’être discernée dans l’inextricable mélanges des choses. Notre travail souhaite montrer qu’il est, au contraire, produit collectivement par un ensemble d’acteurs (témoins, médecins, ecclésiastiques…) engagés dans une activité concertée d’enquête complexe au résultat incertain. Afin de décrire ce travail nécessaire à la proclamation d’un « miracle » à Lourdes, l’analyse des « dossiers de miraculés » officiellement reconnus s’avère heuristiquement féconde. Matérialisant toutes les étapes d’une procédure de reconnaissance, rassemblant toutes les pièces nécessaires afin d’instruire le jugement des médecins et des prêtres (courriers, témoignages, expertises médicales, rapports ecclésiastiques…), les dossiers des miraculés permettent, en quelque sorte, d’accéder à la porte dérobée du miracle en train de se faire. Ils donnent à voir l’ensemble des éléments que les différents acteurs mettent en avant pour justifier leurs décisions, ainsi que la manière dont un consensus s’opère ou non à leur propos. Ils rendent manifeste ce processus, généralement occulté, par lequel les déclarations et les actions des acteurs, d’abord fragiles et inconsistantes, deviennent des objets robustes aux arrêtes bien dessinées.

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